dimanche 4 juillet 2010

Le châtiment de Sutef

Sutef l'ailé était l'un des 16 prophètes choisis par Yf'Mozun pour propager la parole navaséenne. Sutef n'était pas le plus charismatique, ni le plus intelligent. Sutef était le plus jeune des prophètes. Il n'avait que 13 ans lorsqu'il fut missionné par Yf'Mozun sur ordre de Navas.

Yf'Mozun raconte qu'il trouva l'enfant un jour de pluie. C'est d'ailleurs plutôt l'enfant qui avait trouvé Yf'Mozun. En effet, alors que ce dernier parcourait les villages à la recherche des prophètes que Navas lui avait dit de rassembler, et au gré des indices que son dieu lui indiquait, Yf'Mozun fit connaissance avec Sutef d'une drôle de manière. Sutef était un orphelin qui se nourissait de menus larcins et de contrebande. Et c'est alors qu'il tentait de dérober la besace d'Yf'Mozun que le jeune garçon fut attrapé par la milice de son village. Il semblait être poursuivi pour bon nombre de crimes et délits, et l'on réclamait sa pendaison.

Yf'Mozun ne croyait pas à ce qu'il voyait. Navas lui demandait de prendre pour compagnon un gamin, et délinquant qui plus est. Pourquoi cet enfant demandait-il en prière ? Mais Yf'Mozun n'eut pas le temps de douter. Le jeune garçon allait être exécuté. Le fondateur de l'ordre navaséen dut alors intervenir. Il expliqua aux autorités du village que le garçon avait été choisi par son Dieu pour propager sa parole. Le culte Navaséen était alors quasiment inconnu. On prit Yf'Mozun pour un fou, mais l'on riait beaucoup de la foi avec laquelle il défendait le jeune garçon qui lui même ne comprenait pas ce que disait Yf'Mozun.

Devant la candeur et l'insistance d'Yf'Mozun, les villageois décidèrent de proposer un compromis. Voilà ce qui fut proposé
"Si ton dieu est si puissant,
Si tu es son messager
Et si de cet enfant
Il a fait son protégé,
Alors par la force des vents,
Il viendra le sauver"

Ainsi, Sutef l'enfant de 13 ans fut conduit sur la plus haute falaise de la région et du se soumettre à ce qu'on retient comme le châtiment de Sutef. Celui-ci consistait à devoir sauter de la falaise et d'attraper la plume d'une mouette. Il allait de soi que la mort était certaine. Quand bien même par miracle il parvenait à attraper au vol la plume d'un de ses oiseaux qui volaient par centaines au dessus du précipice, il s'écraserait alors dans la foulée 200 mètres plus bas.

Sutef était là sur la falaise. Tout le village l'entourait. Aucun ne croyait au miracle, et ils étaient là en spectateur d'un saut funeste, cérémonie macabre pour un jeune orphelin. Yf'Mozun, eut l'autorisation de parler à Sutef. Voilà les mots qu'il lui tint :
"Tu ne sais pas voler dans les airs, mais tu sais voler ce qui ne t'appartient pas.
Cette fois tu ne déroberas pas. Laisse à la mouette cette plume qui ne te sera d'aucune utilité. Regarde les voler, crois tu qu'il s'agit pour elle de ne pas tomber ? Non il s'agit de s'élever. Tu ne peux pas voler. Tu tomberas. Mais par ce dernier geste, si tu le fais avec pureté, alors tu t'élèveras. Quand à voler dans les airs, laisse cela à Navas, lui seul fait des miracles."

Sutef pris ça comme un appel à l'orgueil. Son dernier saut sera une bravade, la preuve de son courage face à un monde qui ne lui avait donné aucune chance. Il s'élança à toute vitesse et fit un saut majestueux dans les airs... tandis que la foule retenait son souffle et s'approchait du bord pour voir le gamin s'écraser sur le sol.
Alors qu'il plongeait dans le tourbillon des mouettes, le gamin voyait les récifs se rapprocher à toute vitesse. Mais jamais il ne s'écrasa. Le soleil brilla comme jamais, une vague monumentale frappa les murs de la falaise comme pour la renverser, et le vent souffla toute la colère du monde. Le chaos des éléments jeta en trouble dans ce qui se passait, mais dans la ligne d'horizon, tandis que les villageois étaient pris dans les éléments déchainés, on voyait un gamin au milieu des mouettes. Sutef l'ailé... avait été sauvé par Navas, et de ce jour à sa mort, il consacra chaque seconde de sa vie à Navas.

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